Monsieur Bonsaï
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Qui je suis

Adrien Pichon, alias Monsieur Bonsaï.

Je ne suis pas maître bonsaï, et ce n'est pas ce que je veux être. J'ai passé dix ans dans le bonsaï au Japon, d'abord en passionné, puis comme associé d'un jardin professionnel. Ce que j'apporte, c'est de savoir exactement qui sont les gens, ce qui est possible, et ce qui ne l'est pas.

Adrien Pichon tient un jeune érable en pot, la main posée sur le pot d'un grand érable en bonsaï, dans un jardin au Japon
Au Japon
De 2014 à 2025
Premier bonsaï
2015, à Tokyo
Chaîne YouTube
Depuis 2015
Aujourd'hui
Voyages, import, collectif en France

Comment je suis tombé dans le bonsaï

Par ma mère. Elle avait déjà une collection quand j'étais enfant, à Paris, puis dans notre maison avec jardin en banlieue sud. C'était sa passion, pas la mienne. Pour moi, c'était surtout une corvée : quand maman n'est pas là, il faut bien arroser les arbres.

Je suis arrivé au Japon en septembre 2014, pour le travail. J'y avais déjà fait six mois d'études entre 2010 et 2011, et j'étais rentré en France après le tremblement de terre. En 2015, ma mère vient me rendre visite. On est au Japon, donc il faut avoir un bonsaï : elle m'en achète un.

Pas dans une grande pépinière. Au rayon jardin du magasin de bricolage du coin. Au Japon, on trouve des bonsaïs un peu partout, surtout en fin d'année, où l'on s'en offre beaucoup. C'était un shochiku-bai, une composition de nouvel an : un grand prunus, un petit pin, et un bambou qui n'en était pas un. C'était un asparagus.

Quelques années plus tard, je l'ai séparée en trois pots, parce que les trois plantes n'ont pas les mêmes besoins. Ça, je l'ai appris avec le temps. Entre-temps, j'avais rempli mon balcon, puis le petit jardin de notre maison à Tokyo.

Une composition de nouvel an en pot : un prunus en fleurs roses, un petit pin et des herbes, avec deux figurines de grues, sur un balcon au Japon
Mon premier bonsaï : le shochiku-bai offert par ma mère, sur mon balcon.
Un balcon d'immeuble couvert d'arbres en pots sur des bancs en bois : érables, pins et jeunes plants
Deux mois plus tard, le balcon était plein.

La chaîne YouTube Monsieur Bonsaï

J'ai lancé la chaîne en 2015. J'apprenais dans des livres, en français, en anglais et en japonais, et très vite est arrivé le moment où on veut voir plus que lire. J'étais trop timide pour aller voir des maîtres, alors je suis allé sur YouTube, et je ne trouvais rien de bonne qualité. Alors j'ai filmé moi-même, pour apprendre, et pour partager.

Les bases d'abord : les terres, les mousses, les petites compositions. Jamais mon visage, seulement mes mains et les arbres. Ce qu'on veut voir, c'est comment on fait, pas quelqu'un qui parle face caméra. Je montais pendant des semaines pour que ce soit beau.

Ce qui a fait grandir la chaîne, ce sont les expositions : la Kokufu-ten, la Taikan-ten, les expositions de shohin à Ueno. Des arbres qu'on ne pouvait pas voir depuis l'étranger. Ces vidéos sont toujours en ligne, et les gens les regardent encore. On m'en parle encore aujourd'hui.

Une table en bois éclairée par deux boîtes à lumière, avec des plantes, de la mousse et des outils, et un appareil photo sur trépied au premier plan
Mon installation pour tourner les vidéos de la chaîne : les plantes et les mains, jamais mon visage.

Mon guide de la Kokufu-ten, et comment j'y ai obtenu un badge presse

Comment j'ai rencontré Adam Jones

À la Kokufu-ten. Ce sont les professionnels qui exposent les arbres des propriétaires, et ce sont leurs apprentis qui font tourner l'exposition. Parmi eux, j'ai croisé deux étrangers en apprentissage : Bjorn Bjorholm, alors à Osaka, et Adam Jones. Je faisais des vidéos, je leur ai donné ma carte.

En 2018, Adam termine son apprentissage et achète son terrain. Il écrit à tout son carnet d'adresses : venez me voir, j'ouvre mon jardin. J'y suis allé. J'ai pris des cours avec lui, on a filmé ensemble, on est devenus amis, et je suis revenu de plus en plus souvent pour aider le jardin à grandir.

Puis, après le Covid et un changement dans ma vie professionnelle, Adam m'a proposé de le rejoindre comme associé, pour la partie business. C'est comme ça que je suis passé d'amateur à professionnel, au jardin Tree House Bonsai. Toute cette histoire tient à une carte de visite.

Ce qu'on apprend dans un jardin professionnel

Au début, on était deux : Adam et moi. Il y avait le business à remettre à plat, et il y avait le jardin. Avec autant d'arbres, il fallait donner un coup de main. Alors j'ai surtout arrosé.

En été, c'est une journée entière. Environ 2 000 arbres, deux personnes, et il fait jusqu'à 40 degrés. On commence tôt, quand il fait encore frais. Le premier tour prend plus de deux heures, et dès qu'il est fini, il faut recommencer. Deux ou trois tours par jour. En hiver, on passe devant chaque arbre, un par un, et on n'arrose que ceux qui en ont besoin.

C'est la partie la plus difficile, et c'est la première qu'on apprend, amateur comme professionnel : apprendre à arroser. Il n'y a pas le choix. Il faut y passer saison après saison.

Quand les apprentis sont arrivés pour étudier avec Adam, je leur ai laissé ma place au jardin. Aujourd'hui, je m'occupe à plein temps du business : l'export, les voyages, l'organisation des masterclass et des visites.

De l'autre côté du rideau

Quand on fait partie d'un jardin professionnel, on fait partie des événements du métier : la préparation des expositions, les ventes aux enchères réservées aux professionnels. On passe de l'autre côté du rideau.

Aux enchères, tout le monde décharge ses camions. Une équipe amène les arbres sur le tapis roulant, devant le commissaire-priseur. À l'autre bout, une deuxième équipe les récupère et les range par numéro d'acheteur. J'ai souvent été dans cette deuxième équipe. Les anciens sont assis, ils achètent et ils vendent. Les jeunes portent. C'est physique, on manipule tous les arbres, et c'est là que je me suis lié avec ceux de ma génération.

Au début, beaucoup pensaient que j'étais un apprenti. À force d'expliquer que j'étais l'associé d'Adam, la plupart ont compris et m'ont accepté comme un professionnel à part entière. Ce qui a compté, c'est de le prouver, année après année.

Montrer qu'on est là pour le long terme, qu'on gambaru. Quand on est étranger, il faut le montrer deux fois.

Gambaru (頑張る) : tenir bon, persévérer, faire de son mieux sans rien lâcher.

Comment se construit la confiance avec un producteur japonais

Business is business. Au Japon, le bonsaï est un métier, et une industrie. La confiance ne se déclare pas : elle s'accumule, en revenant.

Par exemple, j'ai amené des groupes de clients chez Kunio Kobayashi, au musée Shunka-en, plusieurs mois de suite, plusieurs années de suite. C'est lui montrer qu'on a des clients, qu'on les lui amène, et qu'on choisit son jardin plutôt qu'un autre. Et c'est pareil avec les producteurs chez qui on vient chaque année, avec nos clients professionnels, sans jamais manquer une année.

Rien n'est écrit. C'est une relation remplie de gentleman agreements. Encore aujourd'hui, se faire accepter dans une industrie purement japonaise, quand on n'est pas japonais, c'est un défi de tous les jours.

Ce que les arbres m'ont apporté

En 2020, pendant le Covid, j'ai traversé une période de travail très, très stressante. J'avais mal au ventre, sans arrêt. Je pense que c'était le début d'un ulcère.

On vivait à Tokyo, dans une maison avec un petit jardin. Mes arbres étaient sur un banc à trois étages que j'avais construit moi-même. Je les voyais depuis le salon, par la fenêtre. Je sortais les voir. Et en me concentrant sur eux, sur ce que je devais leur faire, vers où je voulais les amener, la douleur partait.

J'en ai fait un réflexe. Dès que le stress montait, je pensais aux arbres. Je ne dirais pas que le bonsaï m'a sauvé. Mais il m'a aidé à garder la tête hors de l'eau.

Pourquoi je suis rentré en France

Un alignement des planètes. L'Europe est notre premier marché à l'export, et pour y grandir, il faut y être : sur le bon fuseau horaire, près des clients. Et il y avait une cohérence familiale à rentrer à ce moment-là.

Je suis rentré en 2025. Je retourne au Japon plusieurs fois par an, et à chaque fois, je prête main forte sur une exposition.

Ce que je fais aujourd'hui

Je continue ce que je faisais déjà au Japon : j'accompagne des passionnés, des collectionneurs et des clubs dans les jardins, les pépinières et les expositions. Je connais les gens, les lieux, et la façon de regarder une exposition.

Quand un arbre vaut la peine d'être rapporté, on s'en occupe : Tree House Bonsai l'exporte depuis le Japon, et Bonsai Collectors, ma société en France, l'importe.

Et en France, j'ai réuni sous la marque Monsieur Bonsaï un collectif de professionnels, JP Hoareau, Alexandre Gsell et Martin Tachon, pour que les arbres soient entretenus, gardés et suivis une fois arrivés.

Le collectif en France

Ce que je ne suis pas

Je ne suis pas maître bonsaï. Je n'ai pas fait l'apprentissage traditionnel japonais, qui dure cinq ans ou plus. J'ai étudié avec des maîtres, surtout avec Adam, et j'ai mis les mains dans la terre pendant des années dans un jardin professionnel. Mais ça ne fait pas de moi un maître, et ce n'est pas ce que je veux être.

Je suis la partie complémentaire d'un maître. Je connais le business du bonsaï, l'import, l'export, les gens du milieu. Je connais les arbres, les essences et leurs soins, et je sais le faire moi-même quand il le faut.

Adrien Pichon sous les branches d'un érable japonais en bonsaï

Je sais ce que je fais, je sais qui je suis, et je sais ce qui est possible.

Quand on est là-bas, on fait partie de là-bas.

Si vous pensez à un voyage, parlons-en. Un appel de trente minutes, sans engagement.