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Le Japon du bonsaï

La Kokufu-ten, la plus prestigieuse exposition de bonsaï du Japon

La Kokufu-ten est la plus prestigieuse exposition de bonsaï du Japon. Chaque février, environ 300 arbres choisis par un jury y sont présentés en deux parties, au Tokyo Metropolitan Art Museum, à Ueno. En 2027, la première partie a lieu du 8 au 11 février et la seconde du 13 au 17 : comptez deux heures par partie, et venez tôt le matin.

· Professionnel du bonsaï · Dix ans au Japon

Publié le 12 septembre 2026

Qu’est-ce que la Kokufu-ten ?

La Kokufu-ten, c’est l’exposition où le Japon montre ce qu’il a de plus beau en bonsaï. Elle a lieu chaque année en février, à Tokyo, et elle existe depuis 1934. Elle est organisée par l’association japonaise des amateurs et propriétaires de bonsaï, la Nippon Bonsai Kyōkai. La 100e édition s’est tenue en février 2026. Celle de février 2027 est la 101e.

Il faut comprendre une chose avant d’y aller : la Kokufu-ten, c’est une exposition par les pros pour les propriétaires. Devant chaque arbre, l’étiquette porte le nom de son propriétaire, jamais celui du professionnel qui s’en occupe toute l’année.

J’y suis allé pour la première fois en 2016, pour la 90e édition. En entrant, ce que j’ai ressenti, c’est que c’était overwhelming. On prend tellement plein les mirettes. Au bout d’une centaine de compositions, on n’en peut plus : on a besoin d’une pause, presque pour retrouver ses idées. Depuis, j’y retourne chaque année, et tous ceux que j’y accompagne ressentent la même chose.

Quand a lieu la Kokufu-ten 2027 ?

La 101e Kokufu-ten se tient en deux parties, en février 2027 :

PartieDatesHoraires
Première partiedu lundi 8 au jeudi 11 février9 h 30 à 17 h 30
Seconde partiedu samedi 13 au mercredi 17 février, sauf le lundi 159 h 30 à 17 h 30

La dernière entrée se fait à 17 h. Le dernier jour de chaque partie, le 11 et le 17, l’exposition ferme plus tôt : dernière entrée à 15 h, fermeture à 15 h 30. Elle est fermée le vendredi 12, jour où les arbres sont changés, et le lundi 15, jour de fermeture du musée.

L’entrée coûte 1 000 yens pour une partie, ou 1 500 yens pour le billet combiné, qui permet d’entrer une fois dans chaque partie. C’est 500 yens pour les étudiants, et gratuit jusqu’au lycée. Ces informations viennent de l’annonce officielle de la Nippon Bonsai Kyōkai : vérifiez-les juste avant de partir.

Pourquoi le 12 février est-il fermé ? Parce que c’est le jour où les professionnels viennent démonter les quelque 150 compositions de la première partie, pour installer les 150 de la seconde. Chaque année, environ 300 arbres sont donc présentés.

Où se tient la Kokufu-ten ?

Au Tokyo Metropolitan Art Museum, dans le parc d’Ueno, à quelques minutes à pied de la gare d’Ueno. C’est là que s’est tenue la toute première édition, en 1934, quand le bâtiment s’appelait encore le musée des beaux-arts de la préfecture de Tokyo.

Une fois l’entrée passée, on descend deux escaliers mécaniques pour arriver dans la grande salle, où commence l’exposition. On avance en zigzag d’une allée à l’autre, puis on remonte d’un étage pour finir avec les arbres de taille moyenne et les petits.

Faut-il voir les deux parties de la Kokufu-ten ?

Les deux parties présentent des arbres différents, environ 150 compositions chacune. Les années anniversaires, comme la 100e édition, il y en a un peu plus.

Pour une première visite, une partie suffit largement : c’est déjà beaucoup. Si vous êtes passionné et que votre voyage le permet, prenez le billet combiné et revenez pour la seconde.

Combien de temps prévoir, et à quelle heure venir ?

Comptez deux heures pour regarder tous les arbres en prenant votre temps. Deux heures et demie s’il y a beaucoup de monde. En dessous d’une heure et demie, on ne voit pas tout.

Venez tôt le matin. Comme dans tous les musées, c’est plus calme en début de journée. Les premiers jours de chaque partie attirent du monde, parce que tout le monde veut voir en premier. Il y a ensuite un ou deux jours plus calmes, avant le week-end, où l’affluence remonte. L’autre option, c’est la fin de journée, à condition d’avoir le temps de finir avant la fermeture.

Quand j’ai commencé, en 2016 et 2017, il y avait peu de touristes. Seuls ceux qui savaient venaient. Depuis, avec les réseaux sociaux et la 100e édition, l’ambiance a changé : c’est plein. Mais on est au Japon, donc ça reste calme. Personne ne se pousse.

Quand j’accompagne des gens qui découvrent le bonsaï, je fais la visite en une heure environ. On s’arrête devant les arbres qui ont reçu des prix, et devant ceux qui permettent d’expliquer quelque chose. Comme ça, même les débutants comprennent l’essentiel.

Comment regarder un arbre à la Kokufu-ten ?

On commence par la taille. Plus de la moitié de l’exposition, ce sont des ōmono, les grands arbres. On n’a pas l’habitude d’en voir autant, et c’est ce qui impressionne en premier. Viennent ensuite les chūhin, de taille moyenne, et les shōhin, les petits. Leur qualité est tout aussi incroyable.

Ensuite, la saison. La Kokufu-ten a lieu en février, et ce n’est pas un hasard : les arbres caducs, comme les érables, n’ont plus de feuilles. On voit leur ramification, leur squelette. C’est là que se montre vraiment la beauté d’un arbre caduc. Pour les conifères, qui gardent leurs aiguilles, on regarde d’autres choses.

Enfin, la composition. Un arbre n’est jamais seul : il y a son pot, sa table, et souvent une plante d’accompagnement. L’étiquette donne le nom du propriétaire, le nom de l’arbre, celui du pot et celui de la plante. C’est tout.

En 2024, pour la 98e édition, on s’est arrêtés avec un groupe devant un hinoki, un cyprès du Japon. Il avait une telle forme qu’on se retrouvait dans un film de Miyazaki : c’était l’arbre de Totoro. De la grandeur pour l’arbre, de la petitesse pour nous qui le regardions. C’est exactement ce que le bonsaï cherche à montrer : la grande nature, en plus petit. Tout un monde dans un pot.

Une autre fois, c’était une composition sur roche, avec des genévriers brossés par le vent. On se croyait sur le littoral japonais, sur ces plages bordées d’arbres fouettés et couchés par les rafales. On a une sensation de mouvement rien qu’en regardant l’arbre.

Ce que la plupart des visiteurs ne voient pas

À la Kokufu-ten, beaucoup de choses sont dans le non-dit. L’étiquette est minimale. Le reste, on le sait parce qu’on connaît l’arbre, le propriétaire ou le professionnel, et qu’on a des informations qui ne sont pas affichées.

Un exemple. Un propriétaire ne peut exposer qu’un seul arbre. Pour la 100e édition, en 2026, deux arbres étaient présentés côte à côte, sous le même nom de famille : l’un au nom de monsieur, l’autre au nom de madame. Un couple de grands collectionneurs, qui soutiennent cet art depuis longtemps. Les deux compositions se répondaient d’une façon magnifique. Un visiteur qui ne lit pas les kanji passe complètement à côté.

Autre chose à ne pas manquer : il y a toujours au moins deux arbres de la collection impériale. Ils sont présentés à l’étage intermédiaire, entre la fin des ōmono et le début des chūhin, devant un paravent spécial. Ils sont différents des autres, beaucoup plus naturels : très peu de ligature, très peu de travail de style. On laisse pousser, on ne coupe que ce qui doit l’être. C’est une autre façon de faire du bonsaï, et elle est passionnante.

Un dernier conseil. Il arrive d’entendre, devant un arbre : « Moi, je n’aurais pas fait comme ça. » Si un arbre est à la Kokufu-ten, c’est qu’un jury de grands professionnels japonais l’a jugé digne des meilleurs. Quand quelque chose nous surprend, c’est souvent qu’il nous manque des éléments. Mieux vaut chercher à comprendre que critiquer.

Comment un arbre entre-t-il à la Kokufu-ten ?

C’est le professionnel qui s’occupe de l’arbre qui le présente, pour le compte de son propriétaire. Il paie un premier droit pour le soumettre au jury. Le jury vote sur tous les arbres présentés, et retient les mieux notés, environ 300. Un second droit est payé pour exposer.

Un même arbre ne peut pas revenir tous les ans : il faut au moins trois ans entre deux présentations.

Peut-on prendre des photos à la Kokufu-ten ?

Oui, aujourd’hui, sans flash. Et on ne touche jamais les arbres.

Ça n’a pas toujours été le cas. En 2017, je suis arrivé avec ma caméra pour tourner une vidéo pour ma chaîne YouTube, et on m’a dit que ce n’était pas possible. J’ai croisé Makiko Kobayashi, journaliste spécialiste du bonsaï, qui s’occupait alors de la presse. Elle m’a obtenu un badge presse. Pendant deux ou trois ans, j’ai été l’un des rares à pouvoir filmer et diffuser les images de la Kokufu-ten. Puis l’association a ouvert les photos à tous les visiteurs. Ceux qui veulent garder une trace complète achètent le catalogue officiel. Si vous voulez savoir comment je suis arrivé là, j’ai raconté mon parcours ici.

Brassard vert marqué 組合 (kumiai) sur la manche d'Adrien Pichon, à côté de son appareil photo
Le brassard qui m'autorisait à filmer la Kokufu-ten, à l'époque où les visiteurs n'avaient pas encore le droit de prendre des photos.

Quel âge ont les arbres de la Kokufu-ten ?

C’est la question que tout le monde pose. Au Japon, on n’affiche pas l’âge des arbres sur les étiquettes, parce que ce n’est presque jamais une information fiable. Très peu d’arbres ont été documentés depuis le début de leur vie.

Un bonsaï peut avoir commencé en pot, à partir d’une graine ou d’une bouture. Mais il peut aussi avoir été prélevé en montagne : c’est un yamadori, qui a souvent passé une longue première vie dans la nature. Qui peut dire depuis quand ?

Les professionnels japonais ont un œil qui leur permet d’estimer un âge, en décennies ou en siècles, d’après l’écorce, la forme, les branches. C’est une bonne idée, rien de plus. Je pense que tous ceux qui affirment avec certitude l’âge d’un arbre se trompent.

Peut-on acheter un bonsaï pendant la Kokufu-ten ?

Oui. Pendant l’exposition, une grande vente se tient au Ueno Green Club, en dehors du parc d’Ueno : c’est le baiten. Une grande partie des professionnels y tiennent un stand, et beaucoup gardent des arbres de côté pendant des mois pour les y présenter. C’est là qu’on trouve le plus de choix de toute l’année, et des arbres qu’on ne voit pas ailleurs. Ce n’est pas toujours le meilleur prix : il y a une prime au baiten.

Mais attention : ces arbres ne sont pas en quarantaine. Aucun ne peut partir directement en France. Un arbre acheté au baiten doit être confié à un professionnel de l’export. C’est mon métier, avec Tree House Bonsai, le jardin dont je suis associé.

Voici le délai, dans notre pratique, pour un arbre qui fait tout le parcours. Vous l’achetez en février 2027. Il entre en quarantaine au jardin en avril 2027 et doit y passer deux saisons de croissance, 2027 et 2028. Il peut partir à l’automne 2028. Le voyage prend environ trois mois. Un arbre caduc, comme un érable, est livré dès son arrivée, entre janvier et mars 2029. Un genévrier, lui, reste en quarantaine officielle en France jusqu’au 30 juin : il sort en juillet 2029. Tout le parcours, et les espèces autorisées, sont expliqués dans mon guide pour rapporter un bonsaï du Japon.

Que faire d’autre pendant la semaine de la Kokufu-ten ?

Au nord de Tokyo, à Saitama, le village du bonsaï d’Omiya réunit plusieurs jardins historiques et le musée d’art du bonsaï d’Omiya. À l’est de Tokyo, à la limite de la ville, le musée Shunka-en, de Kunio Kobayashi, vaut la visite. Tree House Bonsai, dans la préfecture d’Ibaraki, est à une heure ou une heure et demie d’Ueno.

Les grands jardins japonais de Tokyo sont aussi à voir, même s’ils ne montrent pas de bonsaï. On y parle de nature, de mise en scène, d’univers : c’est intéressant de comparer ces deux esthétiques.

Plus loin, à moins de deux heures de Tokyo, il y a des pépinières où l’on achète. Ce ne sont pas des jardins de présentation. Il faut y avoir ses entrées.

Un détail important : pendant la semaine de la Kokufu-ten, tous les professionnels sont à la Kokufu-ten. On peut visiter les jardins, mais on n’y rencontre pas les pros. Ils sont à l’exposition ou au baiten.

Combien de jours prévoir pour une première fois ?

Il faut une journée complète pour la Kokufu-ten et le baiten, si on veut prendre son temps. Une autre journée pour Omiya et un jardin en dehors, par exemple Shunka-en ou Tree House Bonsai. Deux jours de bonsaï, donc, et le reste du séjour à Tokyo comme vous le souhaitez.

Les grands rendez-vous de l’année, de la Gafu-ten en janvier à la Taikan-ten en novembre, sont sur mon calendrier du bonsaï japonais. Je serai à la Kokufu-ten en février 2027, comme chaque année.

Questions fréquentes

Où a lieu la Kokufu-ten ?
Au Tokyo Metropolitan Art Museum, dans le parc d'Ueno, à Tokyo. L'exposition s'y tient depuis sa première édition, en 1934.
Quelles sont les dates de la Kokufu-ten 2027 ?
La première partie a lieu du lundi 8 au jeudi 11 février 2027, la seconde du samedi 13 au mercredi 17 février. L'exposition est fermée le 12, jour où les arbres sont changés, et le 15, jour de fermeture du musée.
Combien coûte l'entrée de la Kokufu-ten ?
1 000 yens pour une partie, ou 1 500 yens pour le billet combiné qui donne accès aux deux. 500 yens pour les étudiants, gratuit jusqu'au lycée.
Peut-on prendre des photos à la Kokufu-ten ?
Oui, sans flash. Ce n'était pas le cas il y a encore quelques années. On ne touche jamais les arbres.
Faut-il voir les deux parties de la Kokufu-ten ?
Les deux parties présentent des arbres différents, environ 150 compositions chacune. Pour une première visite, une partie suffit largement. Les passionnés prennent le billet combiné.
Peut-on acheter un bonsaï à la Kokufu-ten et le rapporter en France ?
On peut acheter au baiten, la grande vente qui se tient à côté. Mais ces arbres ne sont pas en quarantaine : il faut passer par un professionnel de l'export, et compter environ deux ans avant l'arrivée en France.

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