Le Japon du bonsaï
Rapporter un bonsaï du Japon en France : ce qui est possible
Oui, on peut faire venir un bonsaï japonais en France, mais pas dans une valise, et pas tout de suite. L'arbre doit d'abord passer deux ans dans une pépinière enregistrée et contrôlée au Japon, puis voyager avec un certificat phytosanitaire et passer un contrôle à la frontière. Entre le coup de cœur et l'arrivée chez vous, comptez environ deux ans.
Adrien Pichon · Professionnel du bonsaï · Dix ans au Japon
Publié le 12 septembre 2026
Peut-on rapporter un bonsaï du Japon dans sa valise ?
Non. Chaque année, à la grande vente qui se tient pendant la Kokufu-ten, je vois des visiteurs acheter un arbre, le glisser dans leur valise et repartir avec. Ils ne savent pas ce qu’ils font, et je ne leur en veux pas. Mais c’est illégal, et c’est un risque, pour l’arbre et pour nos forêts.
Depuis le 14 décembre 2019, toute plante destinée à être plantée qui entre dans l’Union européenne doit avoir un certificat phytosanitaire, être déclarée et passer un contrôle à la frontière. L’exception pour les bagages ne concerne que les végétaux qui ne se plantent pas, comme certains fruits. Une plante qui arrive sans ses papiers est saisie et détruite, comme le rappelle la douane.
Et pour un bonsaï, le certificat ne suffit pas : l’arbre doit avoir passé deux ans dans une pépinière enregistrée et contrôlée au Japon. Un voyageur ne peut pas le faire lui-même.
Il y a aussi l’arbre. Une valise est cognée dans tous les sens. Pour qu’une branche ne casse pas et que le pot tienne, il faudrait un châssis, dans l’équivalent d’une valise cabine. Mettre un arbre là-dedans, c’est l’exposer à des maltraitances certaines.
Pourquoi un arbre ne peut pas voyager comme un souvenir ?
À cause de ce qu’il peut transporter sans que personne le voie. Le cas le plus connu, ce sont les capricornes asiatiques : de gros insectes aux longues antennes, qui vivent dans le bois.
La femelle pond sous l’écorce. La larve creuse des galeries dans le bois pendant des mois, et c’est elle qui fait les dégâts. On ne peut pas la voir quand elle est dans le bois. L’adulte sort par un trou parfaitement rond, d’un à un centimètre et demi. À ce moment-là, il est trop tard.
Au Japon, j’en vois dans beaucoup de jardins. Des arbres plantés, des niwaki, portent ces trous : ils vivent avec ce parasite. J’ai vu aussi des bonsaïs qui en portent, et qu’on s’efforce de soigner, en colmatant et en cachant les trous, en espérant que l’arbre résiste. Certains perdent des branches. Certains meurent.
En Europe, le capricorne asiatique et le capricorne asiatique des agrumes font partie des organismes les plus surveillés. Le second a déjà été introduit en France, qui n’en est de nouveau indemne que depuis début 2024, selon le ministère de l’Agriculture. Et il n’y a pas que les insectes : il y a aussi des nématodes dans la terre, et des maladies comme certaines rouilles.
Ce n’est pas qu’un problème commercial. C’est un problème de santé des plantes, pour tous les pays. Les règles de quarantaine existent pour ça.
Quels bonsaïs peut-on faire venir du Japon ?
Beaucoup, mais pas tous, et chacun à ses conditions. Voici ce que disent les textes européens en septembre 2026.
Interdits : les Prunus, c’est-à-dire les cerisiers, les pruniers et l’abricotier du Japon (ume). Les pommiers, les poiriers et les cognassiers aussi. Et en principe, les grands conifères : pins, épicéas, mélèzes, cèdres et sapins, ainsi que les genévriers et les Chamaecyparis.
Autorisés malgré tout, par dérogation, jusqu’au 31 décembre 2028 : les genévriers, les Chamaecyparis (dont le hinoki), le pin blanc du Japon et le pin noir du Japon, y compris greffés sur un autre pin. Le pin rouge du Japon n’en fait pas partie. Après 2028, tout dépendra de la prolongation ou non de cette dérogation par l’Union européenne.
Autorisés sous conditions : la plupart des feuillus, comme les érables, les ormes, les charmes, les hêtres ou les zelkovas, et les azalées satsuki. Pour les espèces que le capricorne attaque, comme les érables et les ormes, la pépinière doit protéger les arbres sous filet pendant toute la quarantaine. Quelques genres, comme les aubépines, les cognassiers du Japon ou les rosiers, ne peuvent entrer qu’au repos, sans feuilles, sans fleurs et sans fruits.
Ces règles viennent du règlement d’exécution (UE) 2019/2072, annexes VI et VII, et du règlement d’exécution (UE) 2024/2852 pour les conifères. Elles changent : avant d’acheter, demandez à votre importateur ce qui s’applique à votre arbre.
Comment se passe la quarantaine au Japon ?
Un arbre qui veut partir en Europe doit d’abord entrer dans un système de traçabilité. Le producteur fait enregistrer sa pépinière auprès de la Plant Protection Station, le service de protection des végétaux du ministère japonais de l’Agriculture. La demande se fait au plus tard le 31 mars, et l’arbre entre en quarantaine en avril.
Ensuite, l’arbre doit rester au moins deux années de suite dans cette pépinière enregistrée. L’Union européenne exige au moins six inspections officielles par an. Au Japon, elles ont lieu chaque mois pendant la saison, à partir d’avril.
Pendant ces deux ans :
- les pots sont posés sur des tablettes à au moins 50 cm du sol, ou sur une dalle de béton pour les conifères de la dérogation, pour qu’aucun nématode ne remonte de la terre ;
- les arbres reçoivent un traitement fongicide contre les rouilles, inscrit ensuite sur le certificat phytosanitaire ;
- les espèces que le capricorne attaque restent sous filet ;
- dans les deux semaines avant le départ, la terre est lavée ou traitée.
Selon l’espèce, l’arbre reste sous serre fermée ou en plein air. Pendant tout ce temps, il vit sa vie d’arbre, avec les risques de n’importe quel arbre, mais entre les mains de professionnels. Les produits utilisés éliminent les parasites et les maladies visés, sans abîmer l’arbre.
Pourquoi les arbres partent-ils en hiver ?
Parce que c’est au repos qu’un arbre supporte le mieux le voyage. Le Japon exige que les arbres caducs soient exportés sans feuilles, pendant leur dormance. Et côté européen, les genévriers ne peuvent entrer que du 1er novembre au 31 mars. Les pins et les Chamaecyparis, eux, pourraient entrer toute l’année, mais dans notre pratique, tout part en hiver.
Par bateau, en conteneur, il faut environ trois mois de porte à porte. Les arbres voyagent dans des conteneurs réfrigérés et ventilés, chaque pot préparé pour que les racines ne sèchent pas. Au repos, l’arbre ne boit presque plus et ne fait plus de photosynthèse : il attend. Par avion, en caisse, c’est plus rapide.
Combien de temps faut-il pour faire venir un bonsaï du Japon ?
Tout dépend de l’arbre que vous choisissez.
S’il a déjà fait ses deux ans de quarantaine dans une pépinière enregistrée, il peut partir dès l’hiver suivant, avec son certificat phytosanitaire. Il faut alors quelques mois.
S’il n’est pas en quarantaine, il faut la faire. Prenons un coup de cœur en novembre 2026. Les papiers se font en février et mars 2027, l’arbre entre en quarantaine en avril 2027, et il y passe deux saisons, 2027 et 2028. Il peut partir à l’automne 2028 et arrive en France au début de 2029. Environ deux ans, donc. Pour un conifère, ajoutez la quarantaine d’arrivée en France, qui dure jusqu’à la fin juin pour un genévrier.
Et à l’arrivée en France ?
L’arbre n’entre pas n’importe comment. L’importateur doit avoir un numéro EORI pour la douane, et être inscrit au registre des opérateurs professionnels de végétaux, auprès du service régional de l’alimentation (SRAL) de la DRAAF. Il déclare chaque envoi à l’avance, dans le système européen TRACES. À l’arrivée, l’arbre passe un contrôle documentaire et physique dans un poste de contrôle frontalier, avant de pouvoir entrer.
Les conifères de la dérogation restent ensuite en quarantaine officielle. Les pins et les Chamaecyparis, au moins trois mois de croissance active. Les genévriers, du 1er avril au 30 juin. Un genévrier arrivé en janvier sort donc en juillet.
Ensuite, l’arbre doit s’adapter à un nouveau climat, une nouvelle eau, une nouvelle lumière. Les premiers mois comptent. C’est pour ça que le collectif Monsieur Bonsaï le réceptionne, l’accompagne dans son redémarrage de printemps, et le garde ou le livre chez vous.
Qui s’occupe de quoi ?
Faire venir un arbre, c’est une chaîne, et chaque maillon compte.
Au Japon, Tree House Bonsai, le jardin dont je suis associé, fait entrer l’arbre en quarantaine, s’en occupe pendant deux ans et l’exporte. En France, Bonsai Collectors, ma société, est l’importateur : c’est elle qui déclare l’arrivée, passe le contrôle à la frontière et répond de la traçabilité. Puis le collectif prend le relais.
Combien coûte l’import d’un bonsaï du Japon ?
Je ne publie pas de grille, parce qu’elle ne voudrait rien dire. Un arbre qui voyage en conteneur avec d’autres, dans un envoi professionnel, ne coûte pas la même chose qu’un arbre seul, en caisse, par avion. La taille de l’arbre, sa valeur et son espèce changent aussi le calcul.
Ce que je fais, c’est vous donner le coût complet avant que vous ne décidiez : le prix de l’arbre, la quarantaine, le transport et l’import.
Peut-on acheter directement à un producteur japonais ?
Oui, si vous êtes accompagné par quelqu’un qui vous présente au producteur, récupère l’arbre, le fait entrer en quarantaine et organise tout le parcours.
Quand on veut acheter un arbre au Japon, on accepte de faire partie d’une chaîne d’expertise, essentielle à chaque maillon. Chercher à en sauter un pour gagner du temps ou de l’argent, ça finit toujours au détriment de l’arbre.
Faut-il vraiment faire sortir cet arbre du Japon ?
C’est une vraie question, et elle ne dépend pas de l’espèce. Elle dépend de l’arbre.
Un arbre qui quitte le Japon n’y revient pratiquement jamais. Le Japon interdit l’entrée de la terre et des plantes qui en portent, et ses règles sont si strictes qu’un retour mettrait l’arbre en danger. Envoyer un arbre hors du Japon, c’est donc le faire sortir du Japon pour toujours.
Certains arbres ont grandi pendant des dizaines, parfois des centaines d’années, entre les mains de maîtres japonais, dans leur climat. Chaque personne est experte de son propre climat. En France, l’arbre devra s’adapter, et il faudra quelqu’un qui connaisse ce nouveau climat. Celui qui importe un tel arbre porte une vraie responsabilité, et il faut la reconnaître avant de décider.
Le jour où les portes s’ouvrent
Après trois mois dans le noir, au froid, les portes du conteneur s’ouvrent. L’arbre retrouve la lumière. Quelques semaines plus tard, les bourgeons gonflent, la sève repart. Il est parti vivant et en bonne santé du Japon. Il arrive vivant et en bonne santé en France. C’est tout ce qui compte.
Les textes de référence
- Règlement (UE) 2016/2031 relatif aux mesures de protection contre les organismes nuisibles aux végétaux.
- Règlement d’exécution (UE) 2019/2072, annexes VI (végétaux interdits) et VII (exigences particulières, dont les végétaux nanifiés).
- Règlement d’exécution (UE) 2024/2852, dérogation pour les genévriers, Chamaecyparis et pins nanifiés du Japon.
- Importer des végétaux, douane française.
Questions fréquentes
- Peut-on rapporter un bonsaï du Japon dans sa valise ?
- Non. Depuis le 14 décembre 2019, toute plante destinée à être plantée qui entre dans l'Union européenne doit avoir un certificat phytosanitaire et passer un contrôle à la frontière. Sinon, elle est saisie et détruite. Un bonsaï doit en plus avoir passé deux ans dans une pépinière contrôlée au Japon.
- Combien de temps faut-il pour faire venir un bonsaï du Japon ?
- Environ deux ans si l'arbre n'est pas encore en quarantaine au Japon. Quelques mois seulement s'il a déjà fait ses deux ans dans une pépinière enregistrée.
- Quels bonsaïs peut-on importer du Japon ?
- La plupart des feuillus, comme les érables, les ormes ou les azalées satsuki, sous conditions. Les cerisiers, pruniers et pommiers sont interdits. Parmi les conifères, seuls les genévriers, les Chamaecyparis, le pin blanc du Japon et le pin noir du Japon peuvent entrer, grâce à une dérogation valable jusqu'au 31 décembre 2028.
- Combien coûte l'import d'un bonsaï du Japon ?
- Cela dépend de l'envoi. Un arbre seul, en caisse, par avion, ne coûte pas la même chose qu'un arbre qui voyage en conteneur avec d'autres. Chaque projet reçoit un devis.
- Peut-on acheter un bonsaï directement à un producteur japonais ?
- Oui, avec un intermédiaire qui vous présente au producteur, récupère l'arbre, le fait entrer en quarantaine et organise l'export.
- Peut-on renvoyer un bonsaï au Japon ?
- C'est très difficile : le Japon interdit l'entrée de la terre et des plantes qui en portent. Un arbre qui quitte le Japon n'y revient pratiquement jamais.