Le Japon du bonsaï
Quand partir au Japon pour voir des bonsaïs ?
On peut partir toute l'année : chaque saison a ses arbres et ses expositions. L'hiver, pour la Kokufu-ten et les structures des arbres sans feuilles ; le printemps et le début de l'été, pour les pépinières en pleine saison ; l'automne, pour les couleurs des érables. La seule période à éviter : de mi-juillet à mi-août, trop chaude et trop humide.
Adrien Pichon · Professionnel du bonsaï · Dix ans au Japon
Publié le 14 septembre 2026
Quelle est la meilleure saison pour voir des bonsaïs au Japon ?
Si un ami me demande quand partir, je lui réponds : quand tu veux. Chaque saison a ses particularités, et il y a toujours quelque chose de beau à voir.
Mais le Japon reste le Japon, et certains mois sont plus agréables que d’autres. L’hiver, si vous pouvez venir autour de la Kokufu-ten. Le printemps, c’est sûr. Le début de l’été, très bien. L’automne, absolument fantastique, et le début de l’hiver aussi. La seule vraie erreur, c’est le cœur de l’été.
Ensuite, tout dépend de votre projet et du temps que vous avez.
L’hiver : la saison des structures
En hiver, les arbres caducs n’ont plus de feuilles. C’est le moment de visiter les jardins pour voir leur structure : le tronc, la ramification, les cicatrices s’il y en a. Les érables, les momiji, sont superbes à ce moment-là. C’est d’ailleurs pour ça que la Kokufu-ten, la plus prestigieuse exposition du Japon, a lieu en février.
Les conifères, eux, gardent leur vert d’hiver, et c’est très joli. Dans un jardin spécialisé dans les pins, à Takamatsu par exemple, vous verrez le même jardin qu’en plein été. Dans un jardin de feuillus, vous verrez des arbres nus, et c’est tout l’intérêt.
L’autre avantage de l’hiver au Japon, c’est qu’il est très sec. Il ne pleut presque pas. Les journées sont courtes, mais belles, lumineuses, et pas si froides. C’est très agréable.
Le printemps et le début de l’été : les pépinières en pleine saison
De mars à mai, les pépinières professionnelles viennent de faire entrer leur nouveau stock. Tout le monde étiquette, arrose, taille, prépare la saison de vente, qui va de mars à septembre. Les rempotages, eux, ont été faits pendant l’hiver et au tout début du printemps.
C’est le moment où les professionnels viennent se fournir, pour être prêts à envoyer leurs conteneurs en fin d’année. Chaque année, un peu plus tôt : on voit des pans entiers de pépinières déjà achetés. C’est un peu la course.
Il faut savoir qu’il y a deux sortes de pépinières. Celles qui ont un système d’export, et dont une partie des arbres est déjà en quarantaine, prête à partir dans l’année. Et toutes les autres, plus nombreuses encore, dont les arbres ne sont pas dans ce système. Ces dernières sont intéressantes à visiter toute l’année, mais un arbre acheté chez elles devra d’abord faire sa quarantaine chez un professionnel de l’export. Tout le parcours est expliqué ici.
Un arbre qui est dans le système d’export porte une étiquette officielle qui l’identifie. Quand on regarde un arbre, on sait donc s’il peut partir cette année ou non.
L’été : la seule période à éviter
La bascule, c’est le tsuyu, la saison des pluies. Dans la région de Tokyo, elle commence en moyenne début juin et se termine vers la mi-juillet, selon l’agence météorologique japonaise. Tous les jardins se visitent sous la pluie, il fait déjà chaud et très humide.
Puis vient le cœur de l’été, de mi-juillet à mi-août. À Tokyo, la moyenne des températures maximales dépasse 30 °C en juillet comme en août, et les derniers étés ont souvent dépassé 35 °C. On a l’impression qu’il fait 40 degrés avec 100 % d’humidité. C’est intenable. Ne venez pas à ce moment-là, c’est tout.
Venez plutôt avant le tsuyu, ou à l’automne. En septembre et octobre, il peut encore pleuvoir : ce sont les pluies d’automne, l’akisame.
L’automne : la saison des couleurs
L’automne a tout son intérêt pour les feuillus, et surtout les érables. On voit les couleurs changer sur les arbres, du vert au jaune, à l’orange, au rouge. Ces couleurs qu’on connaît dans la nature japonaise, on les retrouve dans les bonsaïs, avec des nuances extraordinaires.
C’est aussi la saison de certains arbres à fruits : le kaki princesse, le rōyagaki, un petit plaqueminier venu de Chine aux fruits orange, en octobre et novembre. Ou le callicarpe du Japon, le murasaki shikibu, aux petites baies violettes.
Mon souvenir le plus fort, c’est l’automne à Tree House Bonsai, le jardin dont je suis associé. Un jardin professionnel de bonsaï, c’est souvent un bout de terrain coincé entre des bâtiments, avec des bancs couverts d’arbres. À Tree House Bonsai, on est dans une forteresse de nature, entouré de forêt : bambous, cyprès, hinoki, cèdres. Adam Jones y a créé un jardin paysager, à la manière de Kyoto, alors qu’on est à côté de Tokyo. Les bancs de bonsaïs sont des petits lieux dans un grand lieu. Un mini Japon dans le Japon, avec les bonsaïs au milieu. Les couleurs, le calme : mes meilleurs souvenirs au Japon sont là-bas.
Ma saison préférée, c’est la fin de l’automne et le début de l’hiver. On voit la transition entre les montagnes rouges, orange et vertes, puis on entre dans une saison froide, mais sèche. Je fais de la moto, et c’est le moment des road trips : depuis Tokyo vers Hakone, ou, plus long et plus beau encore, la traversée des montagnes de Nagano pour rejoindre le Japon de l’envers, du côté de Niigata.
Ces paysages changent la façon de regarder un arbre. Le bonsaï, c’est la nature en plus petit. Voir la nature japonaise, c’est comprendre d’où vient l’inspiration des générations de maîtres qui ont créé le bonsaï. Et comprendre cette inspiration, c’est mieux comprendre ce qu’on voit ensuite dans un pot.
Quelles expositions voir, et quand ?
La Kokufu-ten, en février, à Tokyo. La plus prestigieuse du Japon. La 101e édition a lieu du 8 au 17 février 2027. Mon guide complet de la Kokufu-ten.
La Sakufu-ten, à Tokyo, au Ueno Green Club, d’habitude en décembre. En 2026, la 52e édition a lieu plus tôt, du 10 au 12 octobre, selon l’association des professionnels. C’est l’exposition des pros, par les pros. Partout ailleurs, les professionnels exposent les arbres de leurs clients, et c’est le nom du propriétaire qui figure sur l’étiquette. À la Sakufu-ten, ils exposent en leur propre nom, en artistes, un arbre qu’ils ont travaillé pendant des années. C’est la grande messe des professionnels. Parmi les prix remis, il y a le prix du Premier ministre.
La Taikan-ten, en novembre, à Kyoto, à Miyako Messe. En 2026, la 46e édition a lieu du 20 au 23 novembre, selon l’association des professionnels.
Entre septembre et juin, il y a aussi des expositions régionales, à peu près toutes les deux semaines. Je connais surtout celles du Kanto et du nord du Kanto. Je construirai un calendrier plus complet, à partir des éditions passées.
Tous les grands rendez-vous sont aussi sur mon calendrier du bonsaï japonais.
Quand venir pour acheter un arbre ?
Entre avril et septembre, si vous voulez qu’il parte en Europe dans l’année. Vous pourrez choisir un arbre déjà dans le système de quarantaine, qui partira à l’automne. Ou un arbre qui partira l’année suivante, ou celle d’après, si vous pouvez attendre. Si vous pouvez attendre un, deux, voire trois ans, beaucoup plus de portes s’ouvrent.
D’octobre à décembre, en revanche, c’est la campagne d’export. Les professionnels qui accompagnent les acheteurs, et les jardins eux-mêmes, sont pris par les préparatifs. Si vous venez à ce moment-là pour acheter, on vous répondra gentiment que ce n’est pas le meilleur moment pour faire le tour des jardins. Venez juste avant, ou juste après.
Les périodes à éviter
Les jours fériés japonais. Pendant la Golden Week, fin avril et début mai, pendant l’Obon, vers la mi-août, et au Nouvel An, certains jardins travaillent, d’autres sont fermés. Les jardins de bonsaï sont des entreprises, il faut en tenir compte. Et c’est aussi là que tout coûte plus cher pour voyager.
Les grandes expositions, si vous voulez voir les maîtres. Pendant une grande exposition, ceux qui y exposent sont là-bas, pas dans leur jardin. Il faut s’organiser longtemps à l’avance pour voir à la fois l’exposition et les propriétaires chez eux. C’est là qu’un professionnel fait la différence : certains maîtres acceptent qu’on visite leur jardin en leur absence. Pas tous : c’est du cas par cas.
Un conseil d’honnêteté, enfin. Quelqu’un qui vient au Japon pour la première fois pour acheter un bonsaï, même accompagné, reste un inconnu pour les jardins. Il ne faut pas s’attendre à être reçu comme un roi : vous n’êtes pas encore un client, et on ne sait pas si vous allez acheter. C’est normal, c’est comme dans n’importe quel métier. Un client qui revient reçoit plus d’attention que quelqu’un qu’on voit pour la première fois.
Combien de jours prévoir ?
Il n’y a pas de bonne réponse : chacun a son projet. Si vous avez une journée, on fait une journée de bonsaï. Si vous avez une semaine, on fait une semaine.
Avec une journée à Tokyo, je vous emmène à Omiya : le musée et quatre à six jardins. Avec les distances et la voiture, on peut y ajouter un autre jardin, par exemple Shunka-en, chez Kunio Kobayashi, ou Tree House Bonsai. Pas plus.
Avec une semaine, on peut aller plus loin, selon ce que vous aimez : le jardin de Masahiko Kimura, à Ina, dans la préfecture de Saitama, Fukaya, un peu plus loin, Kanuma, la ville des satsuki, Nagano, où travaille Shinji Suzuki, ou plus au sud, Takamatsu, la capitale du pin. Il y a des dizaines de jardins, et on construit le programme ensemble.
Questions fréquentes
- Quelle est la meilleure saison pour voir des bonsaïs au Japon ?
- Il n'y en a pas une seule. L'hiver montre la structure des arbres et accueille la Kokufu-ten, le printemps montre les pépinières en pleine saison, l'automne montre les couleurs des érables. Seul le cœur de l'été est à éviter.
- Faut-il éviter l'été pour aller voir des bonsaïs au Japon ?
- De mi-juillet à mi-août, oui. La chaleur et l'humidité rendent les visites de jardins très pénibles. Mieux vaut venir avant la saison des pluies de juin, ou à l'automne.
- Peut-on visiter les jardins pendant la Kokufu-ten ?
- Oui, mais les maîtres sont à l'exposition. Il faut s'organiser longtemps à l'avance. Accompagné par un professionnel, certains jardins s'ouvrent même en l'absence de leur propriétaire, au cas par cas.
- Quand venir au Japon pour acheter un bonsaï et le recevoir la même année ?
- Entre avril et septembre, en choisissant un arbre qui est déjà dans le système de quarantaine pour l'export. D'octobre à décembre, les jardins sont pris par la préparation des envois.
- Quand ont lieu les grandes expositions de bonsaï au Japon ?
- La Kokufu-ten en février à Tokyo, la Taikan-ten en novembre à Kyoto, et la Sakufu-ten, l'exposition des professionnels, à Tokyo, d'habitude en décembre, mais en octobre en 2026. Entre septembre et juin, il y a aussi des expositions régionales presque toutes les deux semaines.