Monsieur Bonsaï
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Le garder en vie

Le bonsaï d'intérieur n'existe pas (ou presque)

Tous les arbres sont des arbres d'extérieur. Ce qu'on appelle bonsaï d'intérieur en Europe, c'est un arbre tropical, comme le ficus, qui supporte nos maisons. Un bonsaï japonais, lui, vit dehors : on peut le rentrer pour en profiter, mais jamais plus de deux semaines d'affilée.

· Professionnel du bonsaï · Dix ans au Japon

Publié le 13 septembre 2026

La glycine en bonsaï d'Adrien Pichon en pleine floraison, ses grappes mauves retombant au-dessus d'un pot bleu, dans son jardin

Le bonsaï d’intérieur existe-t-il vraiment ?

Dire que le bonsaï d’intérieur n’existe pas, c’est une bravade un peu puriste que je me permets. Je suis pourtant le premier à ne pas vouloir être trop puriste. Mais sur le fond, c’est vrai : tous les arbres sont des arbres d’extérieur, qu’ils soient en pot ou en pleine terre.

Ce qu’on appelle un bonsaï d’intérieur en Europe, c’est un arbre tropical qui s’accommode de nos maisons. Sous les tropiques, là d’où il vient, il vit dehors. C’est un arbre d’extérieur qu’on met à l’intérieur, parce que nos maisons le lui permettent.

Quand quelqu’un arrive à une exposition avec son ficus et me dit « c’est un bonsaï d’intérieur », je lui réponds oui. En Europe, on le garde dedans, même si la plus grande partie de l’année, il se plairait aussi dehors. Dans les villes, où l’on n’a ni jardin ni balcon, on a pris l’habitude de vendre le bonsaï comme un arbre qui vit dans la maison. C’est vrai pour certains. Pas pour tous.

Quels bonsaïs peuvent vivre à l’intérieur ?

Les arbres tropicaux, en général. Les ficus, tous. Le jade et les autres crassulas. L’orme de Chine, dans certaines conditions. En France, ces arbres peuvent rester dedans la plus grande partie de l’année.

Cette liste n’est pas complète, et ce n’est pas ma spécialité : je ne travaille qu’avec des arbres japonais, et les arbres japonais vivent tous dehors. Pour les arbres d’intérieur, il y a des boutiques spécialisées. À Paris, je vous recommande Paris Bonsaï, la boutique de Sylvain, rue de la Croix-Nivert, dans le 15e : c’est sa spécialité, et il saura vous conseiller.

Combien de temps un bonsaï japonais peut-il rester à l’intérieur ?

Un érable, un pin, un genévrier ou une glycine vit dehors. On peut le rentrer pour profiter de sa beauté, mais pour un temps court : un dîner, une floraison, une couleur d’automne. Quelques jours, parfois quelques semaines selon l’espèce.

Ma règle générale : jamais plus de deux semaines d’affilée à l’intérieur. Le rythme le plus soutenu que je conseille, c’est dix semaines dehors, deux semaines dedans. Ça, c’est tenable. Et rentrer un arbre pour une soirée de temps en temps, c’est tout à fait possible.

C’est là tout l’attrait du bonsaï : jouer entre l’intérieur et l’extérieur, pour profiter chez soi d’une belle présentation au bon moment.

Ma glycine, celle que les abonnés de ma chaîne YouTube connaissent, en est l’exemple parfait. Quand elle fleurit, les grappes sont longues, nombreuses, et elles sentent très bon. Chaque année, dès que les grappes s’allongeaient et que les fleurs s’ouvraient, je la rentrais au centre de la table du salon, ou sur une commode. Deux semaines environ. Dès que les fleurs fanaient, je la ressortais. Ce n’était plus aussi joli, et surtout, c’est à ce moment-là qu’elle fait ses feuilles : elle a besoin de lumière pour reprendre des forces et lancer le reste de l’année. C’est la plante qui donne le signal, dans les deux sens.

Au Japon, on voit beaucoup d’arbres dans les maisons, les magasins, les restaurants. Ce sont des pièces d’art : ils disent quelque chose de l’endroit, le respect de la nature, le calme, la précision. Mais ils ne restent jamais longtemps. Les professionnels les font tourner : dans un magasin qui veut un arbre toute l’année, on vient le changer toutes les deux semaines au plus. Le client qui passe tous les dix jours croit voir le même arbre. Il en voit un nouveau à chaque fois.

J’ai reçu un bonsaï à Noël : que faire ?

Un avertissement d’abord : tout dépend de l’espèce, de la saison, et de l’état de l’arbre. Ces conseils sont une base, pas une règle absolue.

D’abord, arrosez-le. Les arbres vendus hors des boutiques spécialisées ont souvent été mal arrosés, et plantés dans une terre qui ne leur convient pas.

Ensuite, donnez-lui de la lumière. Si l’arbre doit rester dedans, placez-le devant une fenêtre.

Éloignez-le des radiateurs et de la climatisation. Un radiateur en dessous ou un souffle d’air en face dessèchent la terre du pot, puis les racines, et l’arbre meurt. Il lui faut un endroit aéré, lumineux, où vous pouvez facilement toucher la terre pour savoir s’il a besoin d’eau.

Le piège, c’est le coin de la table du salon. Au bout de quelques jours, l’arbre perd ses feuilles ou commence à sécher. Il vient de changer d’environnement, il n’est pas acclimaté, et ces arbres sont souvent petits, donc fragiles.

Si c’est un arbre d’extérieur, la priorité est de le sortir, s’il ne gèle pas dehors. En hiver, il est déjà au repos. S’il gèle, dans le doute, gardez-le à l’intérieur, dans une pièce pas trop chauffée, et surveillez bien la terre : elle sèche vite.

Et mettez-le là où vous le verrez tous les jours. Ce qu’on veut, c’est construire une relation quotidienne avec l’arbre, comme avec un animal de compagnie.

Comment arroser un bonsaï ?

La règle de base : les racines ont besoin de boire, et de respirer.

Arrosez toute la motte, jusqu’à ce que l’eau coule par les trous sous le pot. Puis laissez sécher jusqu’à ce que la terre soit sèche en surface, pas complètement. Alors seulement, arrosez de nouveau. C’est ce rythme, répété, qui permet aux racines de boire, de trouver de l’air, et de se développer.

Des racines toujours détrempées étouffent et pourrissent. Des racines toujours sèches sèchent et meurent.

Pour savoir où en est la terre, il n’y a pas mieux que le doigt. Mes arbres, c’est mon rituel du matin, avec le café. Je sors, je pose un doigt sur la terre, je regarde si elle est sèche, je vérifie qu’il n’y a pas de parasites, je les regarde, et je leur parle. Quelques secondes par arbre. Pour une quinzaine d’arbres, cinq à dix minutes par jour.

Mon bonsaï perd ses feuilles : peut-on le sauver ?

C’est la question que j’entends le plus en janvier : « Est-ce que je peux le sauver ? Il perd ses feuilles. Qu’est-ce que je dois faire ? »

Il n’y a pas de réponse magique. Pour faire un diagnostic, il faut savoir de quelle espèce il s’agit, où il est placé, à quel rythme il a été arrosé, s’il porte des insectes ou des parasites, et quand il a été rempoté pour la dernière fois. Le mieux, c’est de voir l’arbre, ou au moins une photo.

Ensuite, on agit. Parfois, il suffit de tremper rapidement le pot dans une bassine d’eau pour réhydrater toute la motte, puis d’observer l’arbre de près pendant quelques semaines. Parfois, il faut accepter que l’arbre est déjà mort.

Tout dépend de l’espèce. Un ficus stressé par un manque ou un excès d’eau perd ses feuilles tout de suite, et il peut s’en remettre si on réagit à temps. Un pin qui devient tout marron, en général, il n’y a plus rien à faire : il était déjà mort depuis des semaines, voire des mois. Ses aiguilles jaunissent et tombent bien plus tard, quand il n’y a déjà plus rien à faire. Certaines espèces refont des feuilles dans la même saison, d’autres non. Sur certaines, une branche nue est morte. Sur d’autres, elle a juste perdu ses feuilles, et ses bourgeons repartiront l’année suivante si on fait ce qu’il faut.

Le bonsaï, c’est de l’horticulture. Il faut regarder chaque cas.

Une chose, pourtant, change tout. Quand les gens reçoivent un arbre, leur première question, c’est : « Comment je ne le fais pas mourir ? » Ils partent du principe que l’arbre va mourir. La bonne question, c’est : « Comment je fais pour qu’il vive au mieux de sa forme ? » Un arbre n’a pas vocation à mourir. Il a vocation à rester en bonne santé le plus longtemps possible.

Peut-on avoir un bonsaï sans jardin ni balcon ?

Oui. En appartement, sans extérieur, choisissez un arbre d’intérieur, qui restera chez vous toute l’année. Ce sont souvent des persistants : ils ont à peu près la même allure toute l’année.

Si vous voulez vivre les saisons, avec des arbres d’extérieur qui changent au fil de l’année, il y a une autre solution : la rotation. Soit vous louez des arbres, par exemple un arbre pendant quinze jours, quatre fois par an. Soit vos propres arbres sont gardés dehors chez un professionnel, qui vous les apporte régulièrement, à tour de rôle.

C’est ce que fait notre collectif en France, dès maintenant : on convient ensemble du nombre de rotations par an, des essences que vous aimez, et on met le système en place.

Quel bonsaï offrir ?

Je demande d’abord où l’arbre va vivre : dans un jardin, ou dans un appartement ? C’est ça qui décide.

Je demande aussi si la personne a un animal de compagnie. Ça veut dire qu’elle a déjà l’habitude de s’occuper de quelque chose de vivant, tous les jours. Un bonsaï, c’est comme un chat ou un chien : il faut le regarder chaque jour, lui donner de l’eau, lui donner à manger. Quelqu’un qui dit avoir la main verte parce que ses orchidées vont bien, ce n’est pas la même chose.

« J’ai eu des bonsaïs, mais ils sont tous morts »

C’est triste, évidemment. Mais c’est bien d’avoir essayé plusieurs fois. C’est comme apprendre à dessiner, à écrire ou à marcher : on tombe, on se relève, on recommence. Faire du bonsaï, c’est accepter que des arbres meurent, parce qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait. On en prend un autre, on corrige, et on continue.

La vraie question, c’est : pourquoi sont-ils morts ? Si c’est chaque fois pour la même raison, ce n’est pas l’arbre qu’il faut changer, c’est une habitude. Quelqu’un qui me dit « oui, mais je ne les arrose pas » n’a pas besoin d’un nouvel arbre. Il a besoin de prendre le pli d’arroser.

Ce n’est pas plus compliqué que d’avoir un animal de compagnie. Un café, un doigt dans la terre, quelques secondes par arbre. Chaque matin.

Questions fréquentes

Un bonsaï peut-il vivre à l'intérieur ?
Les espèces tropicales, comme les ficus, peuvent vivre à l'intérieur la plus grande partie de l'année en Europe. Les arbres japonais, comme les érables, les pins ou les genévriers, doivent vivre dehors.
Combien de temps peut-on garder un bonsaï à l'intérieur ?
Pour un arbre d'extérieur, jamais plus de deux semaines d'affilée. Le rythme le plus soutenu que je conseille, c'est dix semaines dehors, deux semaines dedans. Une soirée de temps en temps, sans problème.
Mon bonsaï perd ses feuilles, que faire ?
Touchez la motte : trop sèche ou détrempée ? Si elle est sèche, trempez rapidement le pot dans une bassine d'eau. Placez l'arbre à la lumière, loin des radiateurs, et observez-le plusieurs semaines. Le diagnostic dépend de l'espèce : montrez une photo à un professionnel.
Comment arroser un bonsaï ?
Arrosez toute la motte, jusqu'à ce que l'eau coule par les trous du pot. Puis attendez que la terre soit sèche en surface avant d'arroser de nouveau. Les racines ont besoin de boire, et de respirer.
Peut-on avoir un bonsaï sans jardin ni balcon ?
Oui, en choisissant une espèce d'intérieur, comme un ficus. Pour profiter des saisons avec des arbres d'extérieur, il y a la rotation : un arbre vient chez vous deux semaines, plusieurs fois par an, puis repart chez un professionnel.
Quel bonsaï offrir à Noël ?
Demandez d'abord où l'arbre va vivre. Pour un appartement sans extérieur, un arbre d'intérieur. Pour une maison avec jardin, un arbre d'extérieur.

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